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André MAÏSSEU
Professeur des Universités ENSICAEN, INSTN, Dr es-Sc. Physique, Dr es-Sc. Economiques et de Gestion |
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de la FÉODALITÉ à la CACOCRATIE |
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Note de lecture
Futuribles, 9 août 2018
A la lecture attentive de l’ouvrage d’A. Maïsseu, un amoncellement de faits historiques incontestables, d’idées originales et de concepts économiques parfois iconoclastes s’entrechoquent, à la fois au sein même de l’ouvrage qu’au-delà, mettant ainsi en cause l’académiquement correct et le politiquement sucré, pour tenter de ressusciter la démocratie.
Depuis les deux guerres mondiales qui ont secoué le monde, l’Europe doute d’elle-même. Sa difficulté à assumer son héritage bimillénaire est la manifestation du malaise qui brouille son identité culturelle. Les frontières géographiques de l’Europe sont-elles définies par ses frontières spirituelles ? L’Europe doit-elle se construire sur le socle de la synergie entre l’héritage des philosophes de la Grèce Antique et le docte savoir des clercs des universités médiévales ? L’Europe est-elle devenue l’homme malade du monde ?
Les esprits éclairés du Siècle des Lumières (des lanternes ?) imposèrent la conception ténébreuse de la décadence romaine. Avec Voltaire, le marchand d’armes, spéculateur, négrier, misogyne et antisémite, la psychopathologie de la dégénérescence se diffusa dans toute la France. Et Voltaire d’écrire le 23 avril 1770 : « Nous sommes dans le temps de la plus horrible décadence. » Cette psychose se traduit par un sentiment de culpabilité que Camus a qualifié de « culpabilité raisonnable » (L'Homme révolté,1951). Elle hante en permanence les écrits des penseurs majeurs du XX° siècle, qui comme Paul Valéry évoque dès 1919, « l'agonie de l'âme européenne ».
En écho avec la peste noire qui ravagea l’Europe entre 1347 et 1352, fit chuter la population française de 41%, ruina l’économie, bouleversa les arts, la religion et saccagea les fondements sociétaux de l’Europe, Pierre Chaunu et George Suffert ont qualifié de peste blanche (La Peste blanche, Comment éviter le suicide de l'Occident 1976, Gallimard) , la crise d’identité qui frappe l’Europe occidentale et qui se traduit par l’apparition d’une psychologie morbide marquée par le pessimisme de Schopenhauer et de Hartmann. Cette pathologie sociétale se caractérise par une perte de mémoire identitaire, la dévalorisation du droit à la vie, le déclin culturel et l’effondrement de la natalité indigène.
Quelles pourraient être les raisons de cette propension à l’auto-flagellation permanente ? En 1972, dans le ciel serein de la fin des Trente Glorieuses, éclate un coup de tonnerre : la
publication par le M.I.T. pour le compte du Club de Rome, d’un essai de prospective : « The limits to Growth ». Ce dernier avatar de la pensée mortifère qui développe le concept de développement durable , est en réalité une reprise des idées de Malthus, comparant le graphe d’une fonction logarithmique à celui d’une fonction linéaire. Le 1er mars 2012, la Smithsonian Institution a actualisé ce rapport, en confirmant ses conclusions. Empêtré dans la définition donnée par Lionel Robbins pour lequel l’économie est « la science de l’affectation des ressources rares à des usages alternatifs”, le cadre du développement durable et de l’écologie politique est donc défini comme étant celui d’une gestion de la pénurie. À titre de remarque, notons que quels que soient les discours en faveur d’une nécessaire solidarité entre tous les hommes, la répartition des ressources favorisera en priorité les plus forts (riches), créant autant de discordes, donc autant de conflits. L’état « normal » de nos sociétés oscillerait ainsi entre la guerre et l’anomie, pour s’achever selon le second principe de la thermodynamique, par l’effondrement prévu par l’évolution de l’entropie du système fermé constitué par notre planète.
Comment expliquer la renaissance de l’An Mil, comment expliquer la renaissance du Quattrocento puis celle qui naquit sur les bords de la Seine dans les dernières décennies du XVIII° siècle ? C’était oublier René Thom soulignant la différence existante entre les modèles qui servent au calcul numérique et à la prédiction quantitative, et les modèles au pouvoir explicatif sans avoir nécessairement de pouvoir prédictif. C’était oublier Henri Poincaré démontrant que tout système possédant quatre degrés de libertés ou plus (variables d’état) procède selon un fonctionnement chaotique, dont l’une des caractéristiques est de ne pas être prédictif. C’était oublier Prigogine démontrant que tout système ouvert adopte un comportement néguentropique pour échapper à la fatalité d’un futur entropique. C’était passer sous silence, Schumpeter, Kondratieff, Bertrand Gille, Thierry Gaudin, etc.,
Le modèle proposé par le Club de Rome, repris le 9 février 1972 par Sicco Mansholt, n’aurait donc pas de valeur prédictive. Ses « prévisions » reposent sur une grave erreur fondée sur une simple extrapolation alors que, tout au contraire, la prospective nous propose de construire un ou des futurs acceptables dès que leur passé serait notre présent.
André Maïsseu pense avoir résolu l’énigme du diablotin de Maxwell en incorporant la connaissance dans l’énoncé du problème, approfondit les idées de Prigogine, et fait coïncider les définitions de l’entropie données par Clausius et par Shannon. Il réfute l’infrangibilité du travail en le décomposant en deux variables d’état, l’énergie et le savoir. Il développe une analyse économique fondée sur une fonction de production à quatre variables d’état, le Savoir, le Capital, l’Energie et la Matière, dont le comportement est chaotique, selon le sens donné par René Thom. Il démontre le caractère bivalent entropique/néguentropique du résidu de la fonction de Cobb-Douglas. Il déclare caduque la plupart des modèles macro-économiques fondés sur des formalismes mathématiques interdits par le caractère non additif du Savoir.
André Maïsseu appuie ses démonstrations sur la relation de faits historiques : Des paradigmes sociétaux se succèdent dans le temps et dans l’espace, façonnant l’histoire au rythme de
leur création, de leur fonctionnement puis de leur régression. L’histoire procède de l’évolution du corpus des savoirs, s’invente avec les visions des artistes et des écrivains, se pare
des richesses produites par les jeux de la finance. Elle trébuche sur les pandémies et les guerres, elle est sublimée par ses héros. Parler de décadence est ainsi inadéquat. Il s’agit
en réalité de la quatrième phase du cycle de vie d’un paradigme sociétal, celui de la décroissance. La mutation contemporaine n’est pas assimilable à un nouvel avatar de la révolution industrielle, mais doit être comprise comme un véritable changement de civilisation conséquence de la révolution cognitive. Il est probable qu’après les errements de la Société Spectacle de ce début de XXI° siècle, l’avenir de la France sera fonction de sa capacité à museler le Minotaure, identifié par Bertrand de Jouvenel , une caste auto-proclamée « élite », dont les agents sont cooptés selon leur capacité à intégrer le moule d’une idéologie autiste. Leurs ratiocinages sont désormais enseignés dans une école dédiée à la pérennisation de la cacocratie, présentée sous le nom sucré de « démocratie ». L’ignominie détestable de ces cacocrates qui pourrissent le destin de la France, pourrait entraîner sa décrépitude. La démocratie directe semble être le seul moyen pour terrasser le Minotaure.
« N’ayez pas peur » lança au monde, le 22 octobre 1978, le nouveau pape polonais … et l’inconcevable se produisit : le mur de Berlin s’effondra et la Russie rejoignit le concert des Nations … au grand dam des Etats-Unis. Débarrassés des oripeaux de l’homo consumericus, ce ne sont plus des arpents de terre ou des parts de capital que les êtres humains doivent conquérir, mais les espaces abstraits situés dans l’imaginaire des hommes … un système ouvert selon Prigogine, doté de deux ressources inépuisables : l’intelligence et l’amour. N’ayons donc pas peur de retrouver dans l’homme, l’image de Dieu.
Notes:
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